La gestion des sujets âgés est-elle une situation courante pour l’anesthésiste-réanimateur ?
La gestion des sujets les plus âgés va devenir de plus en plus fréquente du fait du vieillissement inexorable de la population. Dans de nombreux domaines, nous manquons de recommandations car nous manquons de publications qui concernent spécifiquement le sujet âgé. Toutefois, certaines données tant pharmacologiques que physiologiques nous permettent de proposer des conduites pratiques de bon sens. C’est l’exercice auquel se sont livrés plusieurs auteurs dans cet ouvrage.
Vous êtes-vous appuyé sur des recommandations de la SFAR ?
Les auteurs se sont appuyés sur des recommandations nationales ou internationales lorsque celles-ci existaient. Mais le faible nombre de travaux publiés sur la thématique du sujet âgé ne permet pas de faire une synthèse suffisante et donc de proposer des référentiels. En revanche, il est possible de s’inspirer de certaines recommandations de la SFAR ou de la SRLF en les adaptant aux patients âgés.
Une fois la décision prise, cela vous a demandé combien de temps en définitive ?
Établir le sommaire a pris quelques dizaines de minutes mais la recherche des experts pouvant répondre à certains sujets bien spécifiques a été plus longue.
Vous avez réuni autour de vous une quarantaine de coauteurs référents dans leur domaine. Est-ce un traité sur le sujet ?
Il s’agit bien d’un ouvrage didactique mais je préfère considérer ce livre comme un travail de synthèse très sélectif sur des « thématiques phares ». De par le choix des sujets abordés dans ce recueil, je ne prétends pas traiter l’ensemble de l’anesthésie-réanimation et de la douleur du sujet âgé mais plutôt répondre à des questions majeures dont les conséquences cliniques sont immédiates. Les thèmes ont donc été choisis dans cet objectif.
Vous avez souhaité couvrir les champs de l’anesthésie,
de la réanimation et letraitement de la douleur.
L’anesthésie du sujet âgé ne peut être dissociée de la réanimation ou de la gestion de la douleur. L’interface entre ces disciplines doit nous permettre de raisonner dans la globalisation des problèmes en intégrant par exemple les modifications pharmacocinétiques et pharmacodynamiques comme un élément commun aux adaptations posologiques et techniques.
Y a-t-il une prise en charge péri-opératoire plus technique
ou plus lourde pour un sujet âgé ?
La prise en charge péri-opératoire n’est pas nécessairement plus lourde chez le sujet âgé. En revanche, quelques règles de bon sens s’imposent telles que la limitation des doses pour la plupart des agents. Il faut également tenir compte du vieillissement tissulaire et, donc, d’une augmentation de la fragilité du sujet âgé. Enfin, le vieillissement des organes a des conséquences immédiates mais aussi à moyen et long termes, dont le risque d’accumulation de certains métabolites actifs comme ceux de la morphine par exemple.
Vous avez demandé à un juriste de couvrir la partie sur l’éthique de la réanimation.
J’ai en effet sollicité une juriste dont l’expertise et la réflexion s’intègrent parfaitement aux objectifs du livre. Nathalie Lelièvre a successivement abordé le droit fondamental à la prise en charge de la douleur du sujet âgé, le cadre juridique de la fin de vie et la gestion des situations de patients inconscients. Son chapitre complète d’ailleurs le thème de la fin de vie traité cette fois-ci par un réanimateur médical.
Avez-vous accordé une place particulière à l’ALR ou à une technique d’anesthésie ?
L’anesthésie locorégionale a été traitée au même titre que l’anesthésie générale par plusieurs experts reconnus qui ont souligné les avantages et les inconvénients de chacune de ces techniques. Le concept de la réhabilitation postopératoire a d’ailleurs été traité en s’appuyant sur trois exemples de chirurgie du sujet âgé.
Quels conseils donnez-vous aux jeunes praticiens et aux internes ?
Essayez de rassurer et d’évaluer vos patients et de vous adapter à leurs besoins. La titration quelle qu’elle soit doit être une règle d’or. Cela concerne les antalgiques mais aussi l’ensemble des médicaments prescrits à de rares exceptions près. Enfin, la douceur, l’accompagnement et l’humanisation doivent devenir des obsessions, tant en anesthésie qu’en réanimation. Une fracture du col du fémur est trop souvent une épreuve dont le devenir est incertain. La réhabilitation précoce des patients doit s’intégrer dans une démarche globale où chaque acteur a un rôle à jouer. Une journée sans kinésithérapeute peut avoir des conséquences désastreuses.
Quels vœux faites-vous pour ce livre et pour ceux qui le tiendront en main ?
Mon vœu le plus cher est que cet ouvrage permette déjà d’améliorer le confort des patients les plus âgés. Nous avons tous des expériences personnelles qui nous sensibilisent dans notre action professionnelle, soit en passant du côté des « soignés », soit en ayant vécu des expériences familiales. Ce dernier point a été pour moi décisif dans le choix de cette thématique.
Propos recueillis par la rédaction |