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Accueil > Editorial > Faut-il encore avoir peur de transfuser nos patients ?

 

Auteur : Cécile Rideau
CHU L’Archet 2, Nice


Faut-il encore avoir peur de transfuser nos patients ?


Combien de fois avons-nous entendu ces petites phrases qui tuent – « Patient transfusé égale patient mal opéré », « La transfusion tue » ou bien « La transfusion donne le cancer et le sida » – de la bouche de nos collègues anesthésistes et chirurgiens, mais aussi des patients ?

Le débat entre les « pro- » et les « anti- » transfusion est malheureusement toujours d’actualité.

Les « anti-transfusion » mettent en avant essentiellement le risque infectieux, l’immunosuppression pouvant entraîner le développement ou la récidive d’un cancer, le coût des produits sanguins labiles et, de manière plus large, une augmentation de la mortalité à moyen terme.

De leur côté, les « pro-transfusion » constatent une amélioration de la récupération postopératoire, une diminution de la mortalité et une baisse de la durée et donc du coût d’hospitalisation.

  • Mais qu’en est-il alors ?

Actuellement, l’un des trois principaux risques de la transfusion est l’erreur transfusionnelle (erreur de produits ou d'identification du receveur )par incompatibilité ABO et agglutinines. Le risque d’infections virales est devenu très faible (1/1 000 000 pour l'hépatite B, 1/7 000 000 pour l'hépatite C et 1/3 150 000 pour le VIH). Le problème de la transmission bactérienne n’est pas résolu puisque le risque demeure (1/350 000 environ). Une étude récente rapporte une augmentation de la morbi-mortalité à 30 jours chez les patients transfusés en péri-opératoire par rapport aux patients non transfusés [1]. Quelques biais méthodologiques se sont cependant glissés dans cette étude comme l’absence de randomisation des groupes et les critères de transfusion, mais également la durée de conservation des concentrés de globules rouges et l’administration concomitante d’autres produits sanguins labiles.

Ce qui est plus sûr, c’est que les patients anémiés ont une récupération postopératoire moins optimale que les autres, constatée par un retard de lever, une rééducation mal conduite du fait d’une « fatigue », un maintien plus long des sondes urinaires et des perfusions, et un retard de sortie de l’hôpital. De plus, rappelons que l’une des premières causes de mortalité, en chirurgie orthopédique notamment, est l’infarctus du myocarde.

Et puis, puisque nous sommes en 2010, il nous faut parler argent… Certes, le prix d’un culot de globules rouges coûte environ 180 euros, mais le prix d’une journée d’hospitalisation en chirurgie est d’environ 1 000 euros, sans parler du coût des perfusions intraveineuses de fer ou des injections d’EPO !

Alors, s’il faut choisir son camp, je me mouille ! Oui, Alexandre Ouattara et Gérard Janvier ont raison [2] : le bon transfuseur est celui qui transfuse le bon volume au bon moment au bon patient [3].

 

Références

[1] Bernard AC, Davenport DL, Chang PK, Vaughan TB, Zwischenberger JB.
Intraoperative transfusion of 1 U to 2 U packed red blood cells is associated with increased 30-day mortality, surgical-site infection, pneumonia, and sepsis in general surgery patients. J Am Coll Surg 2009;208:931-9.
Lire le résumé

[2] Ouattara A, Janvier G. 
Comment je compense les pertes hémorragiques. Webanesthésie 2010;4:10006.
Lire l’article

[3] Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé.
Transfusion de globules rouges homologues : produits, indications, alternatives, 2002.
Lire les recommandations

 

Erratum
La première version de cet éditorial contenait une erreur dans les chiffres concernant le risque infectieux et de transmission bactérienne, erreur désormais corrigée.